Pierrefonds, le 23 mars 2004.

 

Honorable Jean Charest, premier ministre

Édifice Honoré Mercier, 3e étage

835, boulevard René-Lévesque Est

Québec (Québec)  G1A 1B4

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Lors de la dernière campagne électorale qui vous a permis d’accéder au poste de premier ministre, votre parti, dans son programme, prenait des engagements à la réalisation desquels la majorité de la population vous a apporté son appui.

 

Une fois en place, votre première constatation, selon vos dires, a été que la gestion de la précédente administration avait été pire qu’escompté, d’autant plus que les déclarations officielles avaient masqué une orientation qui se dirigeait vers un déficit budgétaire substantiel.

 

Malgré cet écueil d’envergure, vous n’avez pas tardé à entreprendre les améliorations que vous vous étiez engagé à effectuer, et pour ce faire, une « réingénierie », toujours selon vos dires, s’imposait. Mais voilà, en plein remue-ménage, des groupes sociaux s’offusquent : vous iriez trop tôt, trop vite, trop loin! En parallèle, l’affaire des commandites d’Ottawa est mise sur la place publique. À ce jour, tous les responsables interpellés en marge de cette affaire auraient baigné dans la plus parfaite ignorance de ce qui se passait. Nous sommes cependant probablement d’accord pour admettre que si ces mêmes responsables n’admettaient pas l’entière, mais une aussi minime partie de « prescience » de ce qui se tramait, ils auraient droit à une vindicte électorale, sinon sociale.

 

Vous trouverez ci-joint le livre intitulé PAS TANNÉ D’EN MANGER? Essentiellement, c’est un ouvrage qui veut signaler aux citoyens du Québec qu’ils sont effectivement dans un cercle vicieux, selon lequel ils ont la triste habitude de mandater des entrepreneurs qui sont incapables ou qui ne sont pas intéressés à remplir adéquatement le mandat qui leur a été confié. Cette mauvaise habitude est d’autant plus difficile à modifier qu’elle a été induite par un service obligatoire que l’État, donc sous la gouverne du premier ministre, met à la disposition de tous ses citoyens pour qu’ils fassent l’apprentissage de l’habileté contraire. Pour la plupart, y compris le premier ministre, la coutume est de plaider ignorance de cette anomalie.

 

Le présent livre veut bien faire contrepoids à ce néfaste apprentissage et éveiller les concitoyens à ce qu’ils exigent de leur premier ministre, c’est-à-dire qu’il gère le secteur en question d’une façon responsable. Cependant, il nous semble que vous pourriez, sans attendre l’éveil de nos concitoyens, voir à ce qu’au moins en Éducation, les pendules soient mises à l’heure.

 

Vous méritez, à mon humble avis, des félicitations pour les efforts déployés dans la « réingénierie » de notre Belle Province : vous dénotez une volonté à vouloir remplir adéquatement un mandat traditionnellement galvaudé. Ne vous laissez pas désarçonner par les quelques mouvements populaires alimentés, à ce qu’il semble, surtout par les centrales syndicales. Paradoxalement, plus ces manifestations seront bruyantes, mieux elles démon­treront la nécessité de modifications à l’état actuel. La stratégie syndicale dénoncée dans le chapitre sur l’organisation du travail (10) et les réactions apparemment normales décrites au chapitre 11 devraient vous donner du courage à poursuivre, si jamais la tentation de lâcher vous venait à l’esprit, et de grâce, évitez le piège des jeux sociaux (chapitres 3 et 5) sur lequel plusieurs reporters sembleraient caresser l’idée de vous voir trébucher.

 

Il est possible qu’en vous lançant en politique provinciale vous ignoriez totalement l’état de la question sur la situation que PAS TANNÉ D’EN MANGER? met sur la table. C’est peut-être une position décevante pour vous, mais pensez à l’inconfort de vos concitoyens qui auront à réaliser qu’ils contribuent à plusieurs de leurs problèmes. C’est une démarche qui s’avérera pénible pour eux, et plus elle sera difficile, plus ils seront intransigeants dans la transparence de leurs mandataires. Or leur chef, c’est vous.

 

Vous comprendrez, Monsieur le Premier Ministre, qu’en vertu des simagrées déployées par nos mandataires fédéraux face au scandale des commandites, dénégations qui pourraient s’avérer acceptables à nos concitoyens pas encore suffisamment éveillés, vous comprendrez, disions-nous, la précaution que nous prenons en faisant parvenir copie de la présente lettre aux principaux quotidiens du Québec. En effet, la situation dénoncée dans PAS TANNÉ D'EN MANGER? est autrement plus considérable que les quelque 500 millions de dollars de ce cas-ci. Ainsi, à partir de maintenant, sera-t-il d’autant plus difficile de plaider l’ignorance.

 

Bonne lecture!

 

Salutations,

 

Michel Imbeau

 

P.-S. Pour éviter toute ambiguïté avec les conflits d’intérêts possible, un chèque de 20,00 $ (18,70 $ + 1,30 $ T.P.S.) libellé aux Éditions D-Bogue peut être envoyé au 13 111, rue de Lorraine, Pierrefonds (Québec)  H8Z 1H9.

 

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