VACANCES 2000 À GRAND PABOS (1re partie)

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Au retour de notre pèlerinage annuel en Gaspésie, ma sœur Denise m'a demandé si j'allais raconter mes vacances sur le site.

- Voyons, ça n'intéresse personne.
- Et moi, tu crois que cela ne m'intéresse pas?
- Il me semble que chaque année, c'est la même chose…
- Pas pour moi. Depuis que j'y vais moins souvent, je trouve plaisant de revoir la région à travers les yeux des autres…

De plus, au téléphone hier soir, mon frère Paul m'a raconté ses 5 000 kilomètres de vacances… et j'ai adoré!

Alors, pour Denise et les autres qui pourraient s'y intéresser, je vais prendre le temps de décrire les choses avec plus de précision, car cet été, il s'agissait, pour moi, du retour aux lieux mêmes de récréation en famille de notre enfance.


Cette année, nous avons fait les 900 kilomètres d'un seul coup, comme quand les enfants étaient petits... mais de jour. La route était belle et pas trop achalandée pour un début de vacances de la construction; l'auto neuve était confortable et Maryse nous accompagnait pour une première fois depuis des années. Son petit Nakoah passant les vacances avec son père, elle jugeait que le voyage serait une distraction et un repos pour elle.

Nous sommes donc arrivés une journée plus tôt que prévu pour prendre possession du chalet loué par l'entremise de Lucienne, la sœur d'Alberte. Tout en nous préparant à une première nuit à la maison de madame Côté, ma belle-mère, j'ai appelé le propriétaire du chalet, au cas où il serait déjà disponible. Le proprio nous le passait, car, propriétaire d'un restaurant, il prévoyait une période surchargée par le tourisme.

- Pas de problème, j'suis déjà dans l'jus. J'ai laissé les clés à Lucienne cet après-midi.



Le barachois
Un peu après souper, nous avons donc pris la route du chenail, ce long barachois qui sépare le golfe Saint-Laurent à l'est, de la baie de Grand Pabos à l'ouest. Juste avant la « gare », au bord de la mer, je revois notre belle maison natale
déménagée là depuis quelques années déjà. Elle semble plus neuve qu'il y a 50 ans, mais elle a subi une cure de rajeunissement importante. Je n'ose pas aller la visiter... de peur d'être déçu de la disparition de nos marques de vie.

Nous laissons le moulin silencieux, ses tas de bois abandonnés et l'immense terrain créé par remplissage d'une partie de la baie sur notre droite, et nous suivons le chemin de fer qui, un peu surélevé, nous empêche de voir la plage. C'est à cet endroit que, petits, les soirs de fin d'été, nous venions voir oncle Jean-Marc seiner l'éperlan avec monsieur Ferlate, à la lueur des fanaux.

Graduellement, le long de la mer, apparaissent des chalets aux formes disparates séparés du chemin de fer et de la route par des résineux rabougris de bord de mer. C'est ici, à côté de la voie ferrée qu'en fin d'été, nous venions récolter les graines, ces petits fruits que maman s'obstinait à appeler des atocas.

Plus loin, le château Dubuc, devenu auberge, précédé de sa chapelle, devenue chalet. Tout à coup, ô surprise! Dominant tous les chalets environnants de son haut toit de bardeaux verts, l'église protestante St-Georges Presbyterian qui était derrière notre maison natale, dans notre cour, sur le Plateau! Je ne peux retenir une exclamation : « Ils ont déménagé la mitaine! » Bien sûr, il a fallu que j'explique à mes passagères, que mitaine était une déformation de « meeting » (leurs églises étant des meeting halls pour les protestants). Cela m'a aussi ramené à l'esprit, les froides soirées d'hiver où mes frères allaient y chauffer la fournaise, en passant par l'entrée du sous-sol, bien sûr... Un bon catholique n'a pas d'affaire dans une église protestante, même pour y rendre service!


Le chalet
Une fois le chalet rouge de la compagnie dépassé, à gauche, il n'y a plus que de la plage jusqu'au pont de Pabos Mills.


À droite, par contre, face à la baie, à peu près où était la cabane à canot qui abritait notre verchère, commence un cordon ininterrompu de petits chalets attachés les uns aux autres par leur galerie qui surplombe la baie à marée haute et la plage à marée basse. De ce côté pas de terrain, seulement ces petites constructions colorées collées au chemin.

Notre maisonnette, pour les 15 prochains jours, se trouve parmi ces mini-chalets. L'immense terrasse va nous permettre d'y monter sans problème, les deux petites tentes que nous avons apportées, et nous laisser encore un vaste espace de vie. Le chalet est tout petit, mais fort bien équipé : une salle de séjour en partage toute la largeur sauf pour la salle de bain miniature (toilette, lavabo et douche); la salle de séjour avec divan-lit se transforme, au fond à gauche, en cuisinette, et une minuscule chambre à coucher occupe le fond à droite. Le seul meuble de la chambre la remplit complètement, c'est un lit double à étage dont on ne pourra jamais faire le tour, faute d'espace. On fera le lit à quatre pattes dessus...

Nous réalisons rapidement que nous ne sommes pas dans un chalet « commercial ». Les armoires de la cuisine et celles de la salle de bain le démontrent. Nous y trouvons tout ce qui est nécessaire quotidiennement : du restant de sac de patates jusqu'au shampooing entamé dans la douche, en passant par tous les ustensiles de cuisine et le nécessaire à ménage. Nous sommes donc chez Maxime Huard et non dans un chalet loué! Tout est propre et nous trouvons cette situation plutôt chaleureuse qu'embarrassante...


Le spectacle
Et là, c'est l'éblouissement! Il est presque 21 heures et, par la fenêtre, nous apercevons le plus grandiose coucher de soleil au fond de la baie, derrière les collines du Chemin Neuf sur la droite de l'île à Marchand (rebaptisée île Beauséjour par les Blanchard). Un éclat de rose métallique a transformé toute l'eau visible à marée basse en un miroir surréaliste. Le soleil est en train de disparaître. Les hauts-fonds complètement sortis sont découpés par le métal rosé des deux chenaux : à droite de l'île, celui de la rivière du Nord et à gauche, celui de la rivière Ouest.

Jusqu'à tout près de notre terrasse, dans les algues, des hérons juchés sur leurs longues pattes se paient un petit lunch avant la nuit. Sur le chenail de la Nord, devant nous, des canards plongent pour réapparaître plus loin, le bec en action. Plus loin encore, sur celui de la rivière Ouest, une famille de 14 outardes se laissent pousser tranquillement par la marée montante. La batture, elle, est le théâtre des ébats d'une demi-douzaine de ce qui me semble des cormorans et d'un nombre indéterminé de goélands. Soudain, sans prévenir, deux magnifiques saumons sautent à l'unisson, leur corps complètement hors de l'eau, en route pour la rivière du Nord. Quelle splendeur! Quel accueil de la nature pour notre première soirée à la baie de Grand-Pabos!

Une fois installés et les tentes montées, Maryse a sorti sa bouteille de porto et nous avons laissé la paix et le bonheur engourdir nos réflexions. Alberte s'est couchée, je ne sais plus à quel moment. Le temps a si peu d'impact, en ces circonstances... Finalement, quand, Maryse et moi avons eu le courage de bouger, une lueur se dessinait à l'est, au-dessus de la voie ferrée. Nous avons traversé à la mer pour voir si le lever de soleil serait aussi surprenant que son coucher. Une légère masse de nuages a pudiquement caché l'événement, mais cela ne nous a pas empêchés de nous baigner tout habillés.

Vive la liberté! Vive les vacances! Vive le pays de mon enfance!

Pierre Imbeau (^I^)

 

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