LE TEMPS : UN SUBJECTIF RELATIF

suivi de Grain de sel de Aliza-Claude Lahav

Il n’y a rien à la fois de plus facile et de plus difficile, il me semble, que de parler du temps. Ce mot est si quotidien pour chacun de nous, mais en même temps si évanescent, si impossible à cerner... J’ai lu en quelque part, que tout le monde sait ce qu’est le temps, jusqu’à ce que quelqu’un demande de le définir... et là on ne sait plus rien. Et commence la discussion et les incompréhensions.

Je crois que ce qu’évoque le mot temps pour chacun d’entre nous est à l’origine de bien des difficultés de communication. Si je fais référence au temps, pour quelqu’un, cela peut être une période, une mesure; pour un autre ce peut être l’avenir, le présent... Les expressions consacrées par l’usage ne nous aident pas tellement non plus à clarifier le concept : prendre son temps, marquer le temps, en un temps deux mouvements, en temps et lieu, avoir fait son temps, travailler à temps plein, de temps à autre, de temps en temps, dans le bon vieux temps, entre temps, en tout temps, beau temps mauvais temps... Bref, c’est la confusion totale... Demandez le temps, et le Français vous donne la température, alors que l’Anglais vous donne l’heure...

La notion de temps semble très intime et personnelle. Elle va varier d’une personne à une autre, d’une culture à une autre, d’un âge à un autre. Pour l’enfant naissant, une heure peut sembler toute une vie... toute sa vie jusque-là... c’est certainement très long. Pour l’écolier, les quelques semaines de vacances scolaires sont une période énorme, pensez-y, deux mois, c’est imposant quand on n’en a vécu que quelques dizaines depuis sa propre naissance; mais cette même période, pour des adultes ou encore pour des personnes âgées, est relativement courte...

Il y a plusieurs années, j’avais lu une idée qui m’est toujours restée : « ...les années passent vite, mais les heures paraissent interminables... » Ainsi donc, le temps sous forme de durée peut également prendre des allures contradictoires selon le contexte, l’atmosphère dans lequel ce temps se déroule.

Que d’incompréhension peut engendrer un terme aussi vague et en même temps si quotidien! Jean D’Ormesson, consacre 30 pages de son livre Presque rien sur presque tout à la notion de temps et, bien sûr, quand on finit cette lecture, on considère qu’il est loin d’avoir fait le tour du sujet. On y trouve toutefois des idées assez intéressantes. Le temps serait le contraire de l’éternité : on ne peut imaginer l’éternité parce que l’on n’a aucun repère pour l’apprécier... c’est en dehors du temps, donc de notre compréhension. Le temps nous sert de repère incontournable pour comprendre et apprécier les choses et les êtres. Sans le temps, on ne peut « savoir ». Le temps aurait été créé au moment du big bang, il serait une espèce de hiatus à l’éternité... mais parce qu’il a un début... forcément, il aura une fin, donc il ne ressemble même pas à l’éternité.

L’auteur touche aussi à la notion de passage du temps, et ce, d’une façon très intéressante. Il dit, simplement, des choses tellement compliquées qu’on n’est pas sûr que sa vision soit la bonne... ou plutôt qu’on puisse la partager.

« On n’arrête jamais un présent toujours en train de fuir. À la limite, le présent est plus absent que le passé qui n’existe plus et que l’avenir qui n’existe pas encore. [...] Entre les escadrons de l’avenir qui déferlent à perte de vue et le rouleau compresseur des chars d’assaut du passé, il n’y a de place pour rien. Tout ce qui n’est plus avenir est déjà du passé. [...] Le présent est une marge, une frange, une écume, un éclair dans une longue nuit : c’est une abstraction. Il n’a aucune réalité. »

Ceci dit, si l’on prétend vivre le moment présent, c’est que l’on vit dans un monde irréel, un monde qui n’existe pas puisqu’il n’est qu’une frontière, une démarcation entre le futur et le passé...

Ces considérations s'appliquent-elles tout autant au monde virtuel dans lequel nous évoluons de plus en plus? À l'occasion, je bavarde (Chat) avec une amie en Israël, ou au Japon en temps réel... temps réel? C'est quoi le temps réel? Est-ce que cela ne réfère qu'au décalage horaire ou à une tout autre réalité?

Ouf! C'est à devenir fou... donnez-moi encore un peu de temps pour y penser...

Pierre Imbeau (^I^)

 

Grain de sel de Aliza-Claude Lahav

Improvisation sur la notion du temps.

Celui qui fut sans limite et d'une longueur infinie, mais qui va et se rétrécit.
Celui qui a laissé ses traces quoiqu'on fasse.
Il y a le temps de la folie et celui de la sagesse,
Il y a le temps du souvenir et le souvenir du temps,
Il y a le temps de l'oubli et celui du pardon.
Il y a celui qui passe trop vite et celui qui ne bouge plus, comme une vieille horloge détraquée.

C'est celui-ci qui vous guette lorsque, dans la salle d'attente d'un hôpital, vous attendez les résultats de l’opération d'un être cher. Le temps devient incontrôlable, mesquin et cruel lorsque les heures passent, que les minutes ne sont plus de soixante secondes. Vous êtes arrivée très tôt le matin, et les autres familles qui sont venues plus tard sont appelées avant vous… et vous ne savez rien et le temps passe autour de vous, mais pas pour vous et lorsque vers le soir, le chirurgien s'approche, vous ne savez pas si vous êtes restée là neuf heures ou neuf minutes.

Et lorsque l'on vous laisse quelques instants dans la salle de réanimation, en voyant cet homme qui ressemble plus à une momie qu'à un vivant, cet homme avec qui vous avez fait l'amour… et quelquefois, la guerre… vous mettez une main sur votre bouche pour étouffer votre peine… et le temps n'est plus là, il n'est plus rien, il ne compte plus.

Et puis, il reviendra à lui, cet homme qui est un peu vous-même, mais il y aura toujours « avant » et « après »... et rien ne sera plus pareil. Le temps reprendra son cours normal avec des années, des mois, des jours… il nous faudra comprendre qu'il y a le temps du travail et celui du repos, qu'il y a le temps de la souffrance et celui de la joie. Il nous faudra comprendre qu'il nous en reste du temps, qu'il ne faut pas le gaspiller, que seul il ne sait rien faire, que c'est à nous de l'enrichir, de l'embellir, de l’agrémenter, de le gérer.

Il nous faudra apprendre l'espoir… Il y a le temps qui reste et qui nous sert à aimer.

Aliza-Claude Lahav  

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