UNIVERSITÉ VIRTUELLE

suivi de Grains de sel de Yvon Ferland

Nous avons déjà évoqué et amplement discuté dans le passé, la difficile transition entre la vie au travail forcé et la vie active de retraité.

Parmi les réflexes les plus tenaces, il y a celui d’invoquer son statut social antérieur dans une discussion, faute d’arguments convaincants. C’est ainsi que quelques uns se sentent obligés de fustiger leurs interlocuteurs sur leurs présumées erreurs d’expression; d’autres se targuent d’avoir publié des ouvrages, d’avoir été juges ou politiciens, comme si le fait d’avoir « vécu » n’était pas le lot de TOUS les individus qui se trouvent à la retraite...

Bien sûr, notre expérience de vie est très importante, c’est même la plus grande richesse que nous emportons avec nous dans la retraite. Cependant il convient de l’utiliser pour ce qu’elle est, une formation antérieure, un vernis dont la vie nous a fait cadeau et non comme un argument en soi. Vous avez entendu comme moi des gens dire encore après toutes ces années de supposée sagesse : « C’est vrai... parce que je le dis! Et moi, j’ai un diplôme universitaire... »

Et là, me reviennent mes années de jeunesse, quand j’étais en « devenir ». Quelles belles années passées sur les bancs de l’école à pratiquer la vie avec des adultes profs, bien sûr, mais aussi et surtout avec des jeunes collègues, des confrères et des consœurs qui, comme moi, s’efforçaient de simuler la vraie vie, celle qui bientôt ne serait plus un exercice, mais la réalité.

Que nous reste-t-il de ces années d’école? Le souvenir d’un ou deux excellents profs qui nous ont définitivement marqués, qui ont été des exemples stimulants; le souvenir d’une multitude de profs « cons » qui nous ont tout autant marqués, mais en nous démontrant comment ne pas agir dans la vraie vie.

Ce qui nous reste surtout de la vie à l’école, c’est nos camarades, même si nous n’y pensons pas toujours en ces termes. Les camarades premiers de classe que l’on admire et envie tout à la fois, les copains d’après la classe avec qui on fait une bonne partie de ballon tout en pratiquant la vie sur le plan social. Les amis des longues discussions autour d’un jus, autour d’un café et plus tard, autour d’une bière, ceux avec qui nous avons réglé le sort du monde quelques centaines de fois. Les copains qui se préparaient avec nous, grâce à nous, à devenir des gens d’affaires, des éducateurs, des ministres, des entrepreneurs, des doyens d’université, des parents, de grands comédiens... C’est bien plus à partir d’eux que nous avons appris le succès dans la vie qu’à partir de quelques profs rencontrés au hasard d’un curriculum...

Vous me voyez venir avec mes gros sabots! Et bien! Je continue quand même! Moi, je vous jure qu’après la vie au travail forcé, il n’y a pas d’université du troisième âge, il n’y a pas de doctorat universitaire, il n’y a même pas de voyage autour du monde qui m’en montrerait plus, qui me forme plus que les échanges avec les copains virtuels de qualité. Bien sûr, comme dans la vraie vie, il y a des « cons » sur Internet... mais en même temps, Internet nous permet de rencontrer des bijoux de personnes, des trésors qui ont su prendre de la valeur, qui ont bien mûri et qui acceptent de partager avec les autres, de les enrichir tout en s’enrichissant eux-mêmes.

Sur Internet comme à la retraite ou comme dans la vraie vie, la qualité des personnes ne se mesure pas à la quantité de diplômes universitaires, mais au cœur qu’ils mettent à la disposition des autres, à la générosité et au respect des individus les uns pour les autres.

Pierre Imbeau (^I^)

 

Grain de sel de Yvon Ferland

Votre piment m’a forcé de réfléchir un brin. Je suis d’accord avec vous pour dire que les diplômes ne remplacent pas tout. Personnellement, je me souviens de mon père qui avait fait sa troisième année : ça ne l’a pas empêché d’être maire de son village durant 27 ans et surtout, d’avoir une sagesse que j’aimerais bien avoir un jour.

Et puis, il y a Laurent, mon meilleur ami. Il a fort peu de diplômes et pourtant, il a fait un succès de sa vie à tout point de vue. Il a eu en outre le courage de subir 17 interventions à la colonne; il a encore le courage de porter très souvent un corset tout à fait rigide, avec un sourire... et sans diplômes.

Et pourtant, je trouve malheureux cette séparation entre les gens avec diplômes et ceux qui n’en ont pas. J’aimerais voir beaucoup plus de retraités diplômés s’impliquer dans les associations d’aînés. De par leurs connaissances et leur expérience, ils pourraient tellement aider. Mais, ils sont si peu présents, me semble-t-il. De même dans les groupes de conversation qui s’offrent de plus en plus sur Internet pour les aînés.

Je ne veux nullement qu’ils y viennent avec arrogance ou avec un certain mépris. Je veux plutôt qu’ils réalisent avec vous que les diplômes ne remplacent pas tout, loin de là. Mais ce serait extraordinaire si tous les aînés, diplômés ou pas, devenaient solidaires les uns les autres. Quelle force nous deviendrions à toutes sortes de points de vue!

Simples réflexions

Yvon Ferland  

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