LE RÉVÉLATEUR

suivi de Grain de sel de Aliza-Claude Lahav et Grain de sel de Robert Darlay

Pendant la période des Fêtes, j’ai pris congé de mon ordinateur, de la radio et de plusieurs de mes routines. Entre deux réunions de famille, entre deux orgies d’affection, j’ai profité des moments libres pour faire du rattrapage dans mes lectures. C’est ainsi que j’ai terminé, hélas! La révolution des fourmis, le dernier de la trilogie de Bernard Werber. Je dis hélas! parce que ce livre fait partie des rares spécimens qu’on déguste au point de souhaiter qu’ils ne finissent jamais. Du même auteur, j’ai lu Le livre du voyage, cadeau de ma fille Maryse. J’ai relu Le Prophète de Khalil Gibran et Messieurs les enfants de Daniel Pennac. Des livres fort différents, les uns des autres… et pourtant, j’ai trouvé en chacun le même message. Un message que j’avais toujours jugé important, mais que je croyais être à peu près le seul à avoir remarqué!

« Nous n’apprenons jamais rien aux autres, nous ne faisons que leur révéler ce qu’ils possèdent déjà en eux… »

Il paraît qu’à certains moments de notre vie, on est plus réceptif à certaines réalités… Eh bien! Pendant les Fêtes, j’étais particulièrement disposé à ne recevoir que ce seul message! L’idée ne m’était pas nouvelle, toutefois. Cette idée m’avait frappé particulièrement en fin d’année scolaire quand je faisais mes adieux à mes étudiants. Je les remerciais de tout ce qu’ils m’avaient apporté et je m’excusais presque de leur avoir si peu appris.

J’ai déjà entendu un propos semblable à la télévision dans la bouche d’un vieux sculpteur inuit qui expliquait son art tout simplement : « Les dieux ont caché un objet (phoque, ours polaire, chasseur…) dans une pierre, et moi je n’ai qu’à enlever ce qu’il y a autour… »

Un autre sage, Albert Jacquart, disait la même chose en d'autres mots à Joël Le Bigot, il y a quelques années à l'émission CBF Bonjour de Radio-Canada : « Personne ne pourrait découvrir le JE s’il n’y avait pas une autre personne en face de lui pour lui dire TU… » On prend donc conscience d’une réalité en la prenant de son propre intérieur et en la confrontant avec celle d’un autre. L’image de notre réalité ne peut pas prendre forme sans qu’elle soit plongée dans le révélateur d’une autre personne, d’un interlocuteur.

Les nouvelles technologies de la communication que nous pratiquons de plus en plus semblent accélérer ce processus d’échange ou plutôt de révélation des connaissances. Combien de fois n’avons-nous pas avancé une idée dans un échange pour la voir reprise par d’autres, retournée, digérée… pour ensuite la reprendre et s’y reconnaître en mieux, en plus fini, en plus poli, en plus « exportable ».

Les nouvelles technologies permettent de lire, de voir et de connaître bien des choses; cependant leur plus grand mérite, à mon sens, c’est celui de permettre l’échange, la confrontation, le polissage, la révélation de ce qu’on a en soi. Si je m’installe sur Internet en spectateur, que je « zappe » site après site, je vais sûrement recevoir certaines connaissances, mais je les engrange sans me transformer tellement. Si je veux grandir, il faut que j’agisse, que j’interagisse avec les autres. Que je vérifie la perception de mon idée.

Quelle chance j’ai de pouvoir à volonté proposer à mes semblables une réflexion dont je ne suis pas sûr, un essai en développement, sachant fort bien que des interlocuteurs vont venir compléter cette pensée, la critiquer, la refaire avant de l’accepter, et ainsi m’aider à accoucher d’une pensée plus complète, mieux structurée et plus claire.

Mais, ce n’est pas un tournant facile à prendre pour tout le monde. Quelques écrivains ont tenté d’écrire en interagissant avec leurs lecteurs sur le Net. Certains ont dû arrêter immédiatement, car ils ont eu peur de ne plus se reconnaître eux-mêmes dans le résultat final. D’autres, par contre, en ont profité avec plaisir en se confrontant avec les autres pour aller beaucoup plus loin dans le développement de leur pensée. Ceux-là ont compris que, malgré l’opinion parfois divergeante, ils restent le maître ultime de leur pensée, mais que leur pensée purifiée par l’épreuve est beaucoup plus valable.

Il devrait être révolu, le temps où, un auteur, pour connaître la valeur de son œuvre, devait la soumettre à des éditeurs « professionnels » qui sont aussi des commerçants, et attendre des mois le véritable verdict, celui du lecteur. Avec Internet, le lecteur devient le premier interlocuteur de l’auteur. Il peut interagir avec lui pour lui servir de révélateur à ses idées et ainsi lui permettre d’aller plus loin, de grandir. Ensuite, fort de l’opinion de son lecteur, l’auteur décidera s’il a le goût de le soumettre à un éditeur, et à quelles conditions… Les rôles se trouvent inversés, et c’est pour le mieux-être de tous, y compris des éditeurs!

Pierre Imbeau (^I^)

 

Grain de sel de Aliza-Claude Lahav

Comme chaque samedi matin, ma première lecture est pour le Piment de la semaine. C'est la b. a. de pierrei de m'inciter à la réflexion au moins une fois tous les sept jours;-))) et de pimenter ainsi ma routine intellectuelle.

Aujourd'hui, je suis particulièrement sensible au message que nous livre notre maître ou plutôt à l’interprétation que je donne à ce texte. Car il ne s'agit pas d'une conversation face à face, mais d'un dialogue virtuel qui a une dynamique bien spécifique que nous devrions prendre en ligne de compte dans tous nos échanges.

En effet, la relation sur Internet est encore plus complexe que dans la vie de tous les jours dans ce sens qu'elle incite à une projection permanente de nous-mêmes. C’est-à-dire que nos interprétations priment et que souvent nous attribuons à autrui nos propres pensées et nous n'aimons pas toujours les interprétations des autres sur nos idées. Pourtant, seul le principe de réciprocité peut nous enrichir et nous avons besoin du « regard » de l'autre pour parfaire notre identité de penser.

J'aime beaucoup la réflexion sur l'enseignement et tu m'excuseras Pierrei, mais tu n'es pas le seul à l'avoir remarqué… « Nous n'apprenons jamais rien aux autres, nous ne faisons que leur révéler ce qu'ils possèdent déjà en eux ». Je crois que c'est une grande vérité que les bons maîtres connaissent et appliquent avec modestie. C'est en tout cas ce qu'ils devraient faire. Est-ce que l'autre aspect de cette pensée ne pourrait pas être une phrase de Jean Jaures qui dit à peu près : « On n'enseigne pas ce que l'on sait, on enseigne ce que l'on est. »?

La réflexion sur l’écriture m'enchante, car je suis, ces derniers mois, à la recherche et à la découverte de ce moyen d'expression. Je dirai que pour moi l’écriture est un acte intime que l'on va offrir à l'autre à un moment donné. C'est une forme de relation qui comprend le risque de ne pas être compris, d’être mal interprété ou d’être critiqué. Mais ça n'a plus d'importance, à partir du moment où j'ai donné, cela ne m'appartient plus en propre et j'accepte avec humilité le sens que donnera autrui à mon texte.

Aliza-Claude Lahav 

Grain de sel de Robert Darlay

Ces réflexions rejoignent une pensée qui me préoccupe depuis quelques années. Le cerveau humain fonctionne un peu comme un ordinateur : CPU, mémoires, logiciels... Mais, il en diffère fondamentalement par le fait que l'ordinateur peut refaire inlassablement le même traitement d'information sans en être modifié. Le cerveau qui refait le même traitement une seconde fois, est devenu expérimenté, il en a été modifié.

Quand je veux m'exprimer en écrivant un livre, mes pensées sont dans un certain état. Quand j'ai écrit ce livre, je ne pense plus exactement pareil : si je le réécrivais, il serait différent. L'auteur d'un livre est différent de l'auteur avant le livre. De même, le lecteur rencontre dans le livre des pensées qui heurtent les siennes et les modifient. Il produit ainsi des pensées nouvelles différentes de celles qu'il a trouvées dans le livre. S'il les renvoie vers l'auteur, il lui présente un autre point de vue sur les mêmes thèmes. Ces jeux de miroirs déformants enrichissent ceux qui ont la sagesse de les admettre.

Que penser de ceux qui affirment : « Je n'ai jamais changé ma façon de penser! »

Robert Darlay 

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