L'AVENT

Cette fois-ci, c'est à l'hôtel que j'attends. Je suis assis dans le hall d'entrée et je guette l'arrivée des gens de Québec qui viennent prendre connaissance de mon nouveau projet... J'ai calculé mon arrivée au rendez-vous avec ma ponctualité habituelle, c'est-à-dire, juste à temps : ni trop tôt, ni trop tard. Je viens de réaliser que les autres sont retardés par le mauvais temps, mais personne ne sait de combien sera ce retard.

Quand on arrive à l'heure, on est souvent plus préoccupé par la logistique que par le plaisir de la rencontre. Si, par bonheur, on arrive à l'avance, on a le temps de s'arrêter, de se détendre, de désirer la rencontre et de s'y préparer mentalement.

Qui seront ces gens que je rencontre pour la première fois? Y a-t-il des gars et des filles? Vont-ils s'exclamer, s'excuser ou plutôt faire comme s'ils étaient trop importants pour ce genre de conventions? Quelle attitude dois-je adopter? Comme dirait la céréale de la publicité, quel côté de ma personnalité dois-je présenter? J'ai le temps de préparer cette rencontre, de la mûrir pour qu'elle soit meilleure, ou pour qu'elle tourne en faveur de mon projet.

Parmi les choses que nous avons perdues ces dernières années, dans la mutation des valeurs, il y a le sens de la préparation au plaisir que nous avait enseigné, pour ne pas dire imposé, la sagesse des religions traditionnelles.

Vous souvenez-vous comme le rituel des fréquentations chastes rendaient attrayantes les joies de consommer enfin le jour du mariage... ou même aussi celles de tricher en cachette?

Vous souvenez-vous du temps de l'Avent? Pas de friandises pour les enfants, le jeûne pour les adultes, les vêtements ternes, les sacrifices... afin que tout l'être soit préparé, et physiquement et moralement, à la fête, à la joie rendue plus grande par le contraste imposé par cette triste « avant-fête ».

Aujourd'hui, plus de sacrifices, toutes ces bondieuseries... dépassées! On passe d'une fête à l'autre sans transition; et les commerçants nous enlèvent le repos salutaire en occupant tout l'espace entre-deux fêtes. L'Halloween à peine finie, vivement les décorations de Noël pour forcer le commerce. Ainsi les cadeaux, que l'on a choisis tôt et avec amour... risquent de se trouver dévalués par les soldes d'AVANT la fête.

Je me demande même si nos petits-enfants doivent encore être sages pour que le Père Noël ( ou l'Enfant-Jésus ) soit généreux. Doivent-ils encore mériter la récompense? Bien sûr que non! Ils sont « évolués » aujourd'hui; les enfants savent que la négociation et le chantage sont bien plus efficaces que la gentillesse et les privations. Le plaisir, maintenant, on le marchande...

Aujourd'hui, 26 novembre, je me suis promené dans un Montréal illuminé de mille feux : Noël... un mois à l'avance. Le 25 décembre, ces mêmes décorations seront devenues ordinaires, défraîchies, du moins dans ma tête...

Déjà l'Opération Nez-rouge, nous signale que les « parties » de bureau vont commencer la semaine prochaine. Au lieu du jeûne préparatoire à l'abondance, on multiplie les orgies de telle sorte que le 25 décembre, les gens seront écoeurés de la fête et passeront le temps des Fêtes à se reposer de n'avoir pas su fêter...

Nous, les grands-parents, nous devons trouver le moyen que les générations futures retrouvent le sens de la fête. Rappelons à nos chers petits que la joie se prépare dans le silence et le recueillement; que la fête est bien plus belle si elle va plus loin que la consommation. La joie, c'est aussi l'émerveillement devant un conte dit avec amour, devant un sapin que l'on a coupé la veille, c'est aussi les chansons dont on se souvient de très très loin et bien autre chose encore que vous saurez bien trouver à leur dire en cette période de l'année...

Pierre Imbeau (^I^)

 

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