DANS LE NÉCESSAIRE DU PARFAIT RETRAITÉ : L'ÉGOÏSME

Mardi soir dernier, c'était MA fête! La fête des retraités, cuvée 1997. Cette année, comme bien d'autres établissements publics, le collège a battu des records : plus d'une vingtaine de personnes ont choisi de terminer cette année leur carrière officielle de travailleurs salariés.

On trouvait dans la salle de réception un consensus évident : tous étaient contents de se revoir. Revoir, après quelques mois d'absence, le sourire de ceux avec qui on a partagé notre quotidien pendant plus de trente années, cela fait plaisir! Même les anciennes rivalités et les guéguerres de chapelles semblent effacées dans cette belle unanimité!

On vivait une atmosphère d'avant-party-de-Noël, mais avec un rien de plus sérieux, de plus gêné... Déjà, on sent que le rythme n'y est plus, qu'il en a plus d'un qui ont déjà le nez tourné vers ailleurs, vers une passion nouvelle... Je dirais même des presque traîtres aux yeux d'autres qui se sont sentis un peu oubliés déjà... ceux-là mêmes qui ont tellement investi dans leur carrière officielle qu'ils n'ont pas encore trouvé le moyen de faire leur deuil de l'encadrement d'une structure, de faire leur deuil de la reconnaissance des autres...

Et là, sans le savoir, sans le réaliser, je me suis mis à observer les gens, à faire un tour de salle systématique. Il y avait d'abord les gens venus pour nous fêter, les gens sympathiques à notre statut de retraités, mais qui ne sont pas encore prêts, chronologiquement ou psychologiquement à reprendre leur liberté... ceux qui disent, selon leur personnalité, s'ennuyer de nous ou nous envier...

Puis, il y avait, parmi les retraités, ceux qui exprimaient la joie et tout le plaisir d'être enfin rendus au bout du service-de travail-obligatoire, et d'entrer dans l'âge du libre choix de ses activités. Pour eux, pas question d'ennui ou même de nostalgie; pas le temps, trop de choses à faire déjà. Pas eu le temps, depuis juillet, de prendre des vacances... Pas eu le temps d'apprendre à gérer son temps : « ... La saison de golf a été trop longue », « ... Que veux-tu, le projet a démarré plus vite que prévu... », « ... Je n'avais jamais pensé avoir autant de choses à faire qui traînaient depuis toujours dans le fond de mes rêves ». Bref, un paquet d'adolescents qui mordent à la vie à pleines dents et ne savent plus où donner de l'intérêt.

Il y a aussi les autres retraités, ceux qui n'en sont pas encore revenus, ceux qui ne sont pas encore tombés sur leurs nouvelles pattes, ceux qui se sont sentis bousculés dans la transition terrible entre leur travail et leur « rien encore... » Ma grande surprise, est de trouver dans ce groupe des personnes... si actives et si dévouées, il n'y a que quelques mois à peine, se retrouvant vieillies, désabusées, prématurément rejetées par un amant devenu trop exigeant, qui est passé à plus jeune...

Mais, si j'en crois ma récente expérience au contact de Poivre & Sel, d'ici quelques mois, tous vont se positionner face à leur avenir nouveau, tous vont prendre le recul nécessaire, qui, pour prendre en main la planification de ses folles activités, qui, pour se lancer dans une nouvelle passion pas encore définie, qui, pour tout simplement accepter de se reposer sans plus...

Et c'est là que je réalise qu'il faut de toute importance apprendre à maîtriser l'outil principal du coffre du parfait retraité, l'ÉGOÏSME. Même si notre éducation de base nous a appris les bienfaits du dévouement, de l'abnégation, de l'oubli de soi, de la vocation, de la charité, il faut absolument réinventer le proverbe qui faisait grimacer maman à mon âge : « Charité bien ordonnée commence par SOI-MÊME. »

La retraite, je l'ai déjà dit, et je le répète, peut-être pour essayer de m'en convaincre, c'est le temps où l'on doit organiser sa vie en fonction de soi, oubliant ainsi le conditionnement à toujours faire passer les autres avant soi. On ne travaille plus pour atteindre un objectif de rentabilité ou de performance, on travaille pour s'épanouir, pour essayer de réaliser ses rêves... et même pour rêver, point. On a le droit, c'est clair?

Pour me faire comprendre ce principe, un grand ami, à la retraite depuis quelques années, m'écrivait : « Il y a deux ans, je rêvais de retourner au camping. Je me suis acheté une vieille roulotte que j'ai mis plusieurs mois à retaper; je me suis acheté une auto plus puissante pour la tirer... Quel plaisir tout ce bricolage et ces rêves d'espaces à redécouvrir! Puis, je me suis dit, pourquoi voyager, je suis si bien à la maison dans mes affaires; et j'ai tout vendu... Pierre, à la retraite, il faut apprendre à rêver pour le plaisir du rêve. »

Nous sommes un peu jeunes retraités pour saisir toute l'importance de faire les choses pour soi, sans évaluation de pertinence ou de performance, pour son bien-être, par pur égoïsme. (Maman ne m'aurait jamais pardonné d'accoler au VICE de l'égoïsme, la VERTU de la pureté)

Mais, j'ai bon espoir! Nous sommes un peu comme des adolescents à l'aube de l'âge adulte. Nous sommes au seuil de la sagesse, mais nous avons encore souvent des comportements d'enfants...

Pierre Imbeau (^I^)

 

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