DES EXEMPLES FRAPPANTS!

Ma chronique précédente m’a amené à réfléchir à la société que l’on prive de ressources importantes en plaçant très tôt les enfants en garderie et les aînés dans des voies d’évitement.

Bien des gens protestent contre cette situation ridicule : on en trouve un exemple récent dans le mouvement contre la maternelle quatre ans. Par contre, il y a bien des aînés, et j’en suis un, qui voudraient pour rien au monde se réveiller à nouveau avec la responsabilité des marmots du clan familial! Merci pour moi, j’ai déjà donné!

Toutefois, entre le travail de gardienne systématique et la voie d’évitement des asiles pour personnes âgées, il y a tout un spectre de choix possibles que plusieurs s’appliquent à explorer.

En effet, à l’autre bout de la vie, plus que par les organismes ou par les regroupements, le débat qui entoure la place des aînés dans la société « active », est porté admirablement par des « personnages » qui ont un véritable impact de contestataires, parfois même à un âge avancé. Au Salon des 50+ le dimanche 12 octobre dernier, j’ai eu le bonheur et le privilège d’en rencontrer deux superbes spécimens. Laissez-moi vous raconter...

Elle est arrivée au kiosque l’œil vif et enjoué. Elle venait de chanter sur la grande scène; pour rire, pour montrer surtout qu’elle portait ses 92 ans mieux que bien des « jeunes de 50 ans ». La journaliste, qu’elle a toujours été, continue de dire les choses comme elle les voit, au risque de choquer, mais comme elle dit : « J’ai eu trop de plaisir et de satisfaction à dire la vérité pour me mettre à changer à mon âge! »

- Anita Fontaine... il me semble que ce nom me dit quelque chose?
- Mon jeune, si tu veux me séduire, tu devrais t’y prendre plus habilement!

Et nous voilà lancés dans une réflexion sur le monde de la santé et sur le monde avec Internet et un peu sur le monde d’Internet... plus d’une heure debout sur des jambes encore solides, elle ne semblait pas intéressée à la chaise que je lui offrais. Encore là, le contenu n’avait pas d’importance, il y avait une personne très vivante qui avait encore tout à dire à tous ceux qui voudraient l’entendre... Elle rayonnait, tranchait parmi la foule des autres aînés qui, pour plusieurs, avaient sans doute accepté la voie d’évitement plus confortable, moins périlleuse... J’aurais bien aimé que mon petit Samuel la rencontre... de toute façon, je lui promets qu’il pourra être fier de son grand-père, autant que les petits-enfants de cette « arrière-journaliste » qui ne recule pas devant la défense de ses idées!

La deuxième apparition s’est produite tout de suite après le départ d’Anita. Physiquement plus discrète, presque timide, sauf que ses yeux la trahissaient : Deux yeux bleus « pétants » comme diraient nos enfants. Deux yeux de Savoyarde brillants de curiosité comme des yeux de douze ans.

Madame Cuizange m’a laissé lui expliquer Internet avec beaucoup d’attention, des questions intelligentes, notamment sur son avenir à elle sans ce moyen indispensable de communication. À certains moments, le bruit est très fort au Salon. Pour nous entendre, nous portons à tour de rôle la bouche à l’oreille de l’autre pour ne pas perdre un mot. Elle a habilement fait déborder notre conversation sur les nouvelles technologies en France puis, c’est la débâcle...

Native de l’arrière-pays en Algérie, d’un couple de colons émigrés de la Savoie, comme tant d’autres à la recherche d’une terre promise pour assurer l’avenir de leur famille. La guerre, la mort du mari, la jeune femme soudainement responsable d’une entreprise agricole qui emploie une quarantaine d’Arabes...

« Jamais, Monsieur, jamais un Arabe ne m’a manqué de respect au cours de toutes ces années. Je déteste entendre ce que les ignorants disent de ce peuple. Des généralisations... comme tous les racistes! »

Le feu qu’elle avait dans les yeux en prononçant ces mots m’a fait comprendre pourquoi, même si elle a 83 ans aujourd’hui, ce petit bout de femme ne tolérerait jamais un manque de respect.

Puis passant à une colère doublée de honte : « De toute ma vie, le seul homme qui m’ait jamais manqué de respect, Monsieur, c’est le général de Gaulle. Eh! Oui! Cet opportuniste qui a vu le salut de la France dans sa fuite en Angleterre... pour revenir ensuite juger ceux qui avaient eu le courage de rester. Ce lâche que vous admirez tant au Québec, on se demande bien pourquoi. Il n’a même pas eu le courage de défendre les authentiques Français expatriés d’Algérie et, ajoutant l’injure, nous a laissés nous faire traiter de parias à notre retour dans notre patrie. Savez-vous monsieur que les Pieds-noirs étaient français bien avant les Savoyards! »

Peu importe le contenu, mes amis, ce feu civilisé et poli, j’aurais aimé que ma petite Léa l’apprenne pour mieux apprécier ce que c’est que de défendre ses valeurs en cette fin de XXe siècle!

Pierre Imbeau (^I^)

 

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