LES DEUX AUTOMNES

J’ai déjà dit à quel point j’aime toutes les saisons. Quand son temps est venu, c’est toujours celle qui s’annonce que je préfère. Toutefois, j’ai un faible particulier pour l’automne. Quand certaines gens parlent du printemps et de l’automne, elles les qualifient de demi-saisons... moi, au contraire je trouve que ce sont des doubles saisons : deux pour le prix d’une... ou plutôt deux dans le temps d’une!

Le premier automne, c’est celui qui sert de conclusion à l’été. C’est une saison d’orgie de la nature. On remarque bien sûr la débauche de couleurs, mais la nature a aussi autre chose à offrir à cette époque. C’est l’été, mais en plus mûr, en plus riche et en plus confortable. Encore de la chaleur, mais raisonnablement, tempérée par des nuits fraîches où l’on dort mieux. La saison des longues marches de méditation dans les senteurs de feuilles tombées. La végétation y atteint toute sa splendeur de vie adulte. Il ne reste que les plantes de bonne santé aux verts plutôt foncés. Les autres, celles qui n’ont pas survécu aux premières gelées, ce sont les plantes fluettes, fragiles, celles qui sont peut-être belles, mais sur qui on ne peut pas compter aussi longtemps... Les gazons sont vigoureux, plus beaux que jamais et les joues des enfants rosies par l’air vif d’un après-midi au verger en disent beaucoup sur la santé de ce premier automne...

Le deuxième automne, celui qui sert d’aube à l’hiver est généralement plus incompris. La pluie, la grisaille, les vents forts nous forcent à entrer en nous-mêmes, à ébaucher les grands projets qui vont nous porter tout l’hiver... Une saison de promesses, mais pleine de risque, car c’est de nous que dépend sa beauté.

Ranger les outils de jardin, le vélo, sortir les abris d’auto, changer les pneus de la voiture, voilà autant de gestes rituels qui nous conditionnent à renforcer les liens qui nous unissent, comme avant une grande épreuve. Les oiseaux le savent, ils se rapprochent de nous pour leurs quartiers d’hiver. Les feuilles sont maintenant tombées laissant libre passage à la couleur, aux cris du geai et du cardinal qui semblent nous dire : Si vous tenez à nous pour meubler votre hiver, n’oubliez pas de faire le plein des mangeoires...

Et là, quand tout est « paré » pour l’hiver. Quand le feu pétille dans la cheminée et que le vent fait craquer les jointures de la maison. Quand on commence à s’endormir de contraste entre l’air de dehors et celui de l’intérieur. C’est à ce moment qu’on peut vraiment apprécier ce deuxième automne, celui de la détente méritée. Celui qui fait comprendre à quel point on est chanceux de se trouver enfin à la retraite, avec un breuvage fumant devant un écran d’ordinateur, à partager des messages et des éclats de rire virtuels... sans avoir à se geler le gros orteil!

Pierre Imbeau (^I^)

 

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