UNE AUTONOMIE DÉPENDANTE

Ce matin, la vie est belle ! Un beau soleil sur un fond de petit vent de fin d’été... la nature à son meilleur. Je viens de trouver dans La Presse, l’adresse du site pour importer le fameux logiciel ICQ, dont Claude m’a parlé. Ma journée est toute organisée.

Aussitôt que Mamie Beth franchira le seuil de la maison pour aller à son école, je me sers mon petit café, je descends au sous-sol, j’ouvre la fenêtre pour sentir le vent dans l’hydrangée à la hauteur de mes yeux. Là, je réveillerai Anatole (j’ai donné le nom de mon Ange-gardien à mon ordinateur; aucun des deux n’a protesté... ça doit être correct !) et entre deux gorgées de café, je me brancherai sur « mirabilis.com ». Pendant que le logiciel se téléchargera sur mon disque rigide, je répondrai à la vingtaine de messages sans doute accumulés depuis hier soir sur le serveur.

À 10 h, je prendrai ma petite marche jusqu’à la bibliothèque municipale pour y rencontrer des apprentis internautes, comme tous les mercredis et jeudis matin depuis la Fête du travail. Après dîner, je compte bien réviser mes notions de modem avec un client qui n’a pas Internet. Je dois importer un fichier ASCII... ça fait bien longtemps que je n’ai pas utilisé ce type de communication, mais cela nous semble la meilleure façon d’échanger les fichiers de son bouquin à réviser entre mon PC et son très très vieux Mac qui ne veut rien savoir de mes disquettes... Ah, ces écrivains !

Et là ! Le ciel me tombe sur la tête. Anatole me dit que le modem ne perçoit aucune tonalité. Je décroche le téléphone... aucune tonalité, en effet ! Mon modem a-t-il bloqué la ligne ? Je ferme l’ordinateur, le rouvre, même résultat. Je fais le tour de la maison. Tous les postes téléphoniques sont aussi muets que des carpes mortes... Bah ! c’est sûrement temporaire. Je vais aller faire le train-train de la maison en attendant que la ligne se rétablisse.

Arrive le temps de partir pour la bibliothèque, toujours rien sur la ligne. Je pars plus tôt afin de profiter d’une boîte de téléphone public pour avertir Bell de ma situation. Tiens ! Il fonctionne ! Après avoir traversé avec succès les méandres de leur système vocal à coup de touche UN, touche DEUX, j’apprends qu’un câble a été sectionné dans notre secteur, et que le service ne sera rétabli que demain 17 heures... Pas grave, je suis justement en route pour la bibliothèque et j’ai pris la précaution d’apporter ma disquette de signets.

Consternation ! Madame Lauzon m’annonce que les ordinateurs sont en panne et qu'il n’y a pas de téléphone là non plus ! En passant à nouveau devant le téléphone public, j’appelle Michèle Ouimette et Lise Grondin pour leur annoncer que je ne réponds plus... que je n’existe plus pour les prochaines 36 heures... et, pour comble, c’est leur maudit répondeur qui reçoit mon message ! Je n’ai même pas le plaisir d’entendre leur voix compatissante !

Depuis un an au moins, je prêche Internet aux retraités comme moyen de garder son autonomie, après la période active dans le milieu du travail. Ce matin, je me rends soudainement compte que j'ai peut-être trop investi dans Internet ?

Je suis sorti dehors préparer l’hibernation des mes plants, j’ai coupé le gazon et l’ai engraissé un peu avant la pluie de demain. J’aurais pu organiser un petit 18 trous avec mon voisin d’en face, une virée à Oka en bicyclette avec Lionel, à côté.

Et s’il avait plu ? J’aurais pu finir la lecture de mon bouquin de vacances. J’aurais pu préparer le coin des plantes du côté du soleil, ici à côté de mon « bureau ». J’aurais pu faire du ménage sur mon disque rigide... ou dans la maison, sans attendre vendredi. Il reste la peinture des chambres, que je gardais pour l’automne, les vitres à laver...

Bref, Internet ce n’est pas tout, heureusement ! Mais je réalise plus que jamais qu’on doit se garder plusieurs choix à la retraite. On ne doit pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Tiens, si je me mettais à écrire mon Piment de la semaine ? Je n’ai pas besoin de mon modem pour ça, et je pourrai faire autre chose samedi matin... du golf avec Mamie Beth, peut-être ?

Pierre Imbeau (^I^)

 

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