LES ANGES

J’ai pensé profiter de la saison de Noël pour vous revenir avec un sujet qui me passionne depuis toujours : les anges. Après tout, n’est-ce pas la saison des « Anges dans nos campagnes » ? Je vous ai déjà parlé d'Anatole, mon ange gardien. Il n’est pas le seul ange dans le ciel de ma vie, il y en a une foule d’autres, mais il demeure l’ange fidèle, par définition.

D’abord, je ne vous demande pas si vous croyez aux anges. On ne croit pas aux anges, on SAIT ou on ne sait pas ! Savez-vous les anges ? Pour ceux qui les savent, je vais être redondant, mais au nom de ceux qui ne savent pas, soyez patients, je vais essayer de leur expliquer.

Un ange, c’est un être qui fait partie de la dimension positive de la vie. Un être étrangement présent, serein et respectueux de ce que nous sommes. Un être qui accepte de nous accompagner discrètement, pour un parcours plus ou moins long de la vie. Sans questionner, sans exiger, sans insister, il permet d’y voir un peu plus clair pour les bons choix, les choix qui nous favoriseront à moyen et à long terme. Ceux qui feront de nous de meilleurs êtres... Et, qui sait, de meilleurs anges pour d’autres humains à conforter.

Le premier, le plus intime de ces êtres, c’est, bien sûr, notre ange gardien. C’est à lui que ma mère nous confiait quand nous allions dehors. Avec neuf enfants, elle avait assez de boulot à l’intérieur de la maison... Donc, dès que nous mettions les pieds à l’extérieur, maman prenait congé. Après tout, nos anges n’étaient pas là pour rien ! Croyez-le ou non, avec cette police d’assurance angélique, il ne nous est jamais rien arrivé de fâcheux. Chacun de mes frères et sœurs a son anecdote à raconter pour établir la preuve hors de tout doute de l’existence des anges, protecteurs de notre famille et... adjoints de maman.

C’est, bien sûr, elle qui m’a présenté mon ange gardien, quand j’étais petit. Je ne me souviens plus quand cela a commencé, ni combien de temps cela a duré, mais pour moi, cela dure encore... Le soir, après nos petits préparatifs de coucher, une fois sous les couvertures, on criait à maman : « Maman, on est couchés ! » Elle laissait alors le piano, et montait lentement l’escalier, en suivant le son des gammes et des arpèges qu’elle venait d’exécuter pour s’assouplir les doigts raidis par les travaux ménagers.

Elle passait légèrement au-dessus de mon lit, me traçait une petite croix sur le front avec les mots sacrés : « Dors bien, avec ton Ange gardien ! » Puis, de sa voix chaude et caressante, elle entamait :

Ange gardien, ami fidèle, Doux compagnon de mon exil, Garde mon âme sous ton aile, Protège-la de tout péril.
Elle répétait ce refrain jusqu’à ce qu’elle ait fini sa tournée, qu’elle soit réinstallée à son piano et que sa voix se perde dans une berceuse de Chopin, ou dans une rhapsodie hongroise, selon son humeur du moment... Devinez qui, pour moi, serait un autre ange de ma vie !

Je ne me souviens plus si ma mère m’a caressé physiquement, lorsque je n’étais plus un bébé, comme le font les mères d’aujourd’hui, et comme le dictent les docteurs en psychologie. Elle m’a plutôt frotté le farcin autour du cou et décrotté les oreilles. Mais, je ne crois pas avoir été privé pour autant de l’affection nécessaire à mon épanouissement. La caresse de sa voix en valait bien d’autres, il me semble.

Dans mon expérience de vie, j’ai rencontré toutes sortes d’individus. Ils se divisent grossièrement en deux catégories. Il y a les positifs qui voient devant eux tellement de possibilités et d’occasions prometteuses qu’ils oublient de remarquer ce qui pourrait ne pas marcher. D’autres, au contraire, ne voient devant eux que des catastrophes, des maladies et des épreuves... Pourtant, la vie nous réserve un peu des deux mondes ; il nous reste le choix de considérer ce que nous voulons, selon notre personnalité ou notre expérience des anges.

Cette approche négative ou positive de la vie fait boule de neige et influence absolument tous les aspects de notre existence. Si, en vous promenant sur la rue, vous voyez dans le sourire de la personne rencontrée, un monstre qui cherche à séduire, à profiter de tout ce qui bouge pour satisfaire de basses intentions, il y a de fortes chances pour que cela se réalise, pour vous. Si, au contraire, vous voyez les gens comme des amis, des anges, ils vous le rendront assurément... Et si jamais, une fois, vous vous trompez, pensez aux centaines de fois où vous aurez eu raison de semer et de cueillir le bonheur non verbal autour de vous.

Il y a, dans l’existence des anges, la preuve que la vie peut être belle, pour peu qu’on lui donne la chance de révéler ses beaux côtés et de maquiller ses côtés plus sombres. Que voulez-vous, il y a ceux qui savent les anges et ceux qui les ignorent.

Pierre Imbeau (^I^)

 

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