LE PRIX DE LA VIE PRIVÉE

Suivi de Grain de sel de Marinette Van Montagu, de Manuela Campos et de André Robichaud

Je vous disais, dans une chronique précédente, que je partais en campagne contre la sollicitation directe, au nom de notre droit à la vie privée. J'ai toujours trouvé abusif que les compagnies de téléphone vendent à n'importe qui, et en toute légalité, la liste de ses abonnés, avec des coordonnées qui permettent d'identifier leur statut social et leur niveau de vie. Eh bien! Je n'avais encore rien vu!

En préparant un texte pour un client, il y a quelques jours, j'ai fait une découverte absolument ahurissante. Vous n'allez pas me croire, mais je vous jure que c'est la vérité : on vient de mettre sur pied un nouveau programme d'enseignement de niveau collégial, le « Télémarketing »! Comprenez-vous ce que cela signifie? Cela veut dire que notre système d'éducation, cet outil précieux à qui on confie notre avenir, est en train d'entraîner nos enfants à solliciter par téléphone, en leur apprenant les failles dans la psychologie de leurs concitoyens, et ce, dans le but de les inciter à la consommation ! J'en suis encore estomaqué!

J'ai donc décidé, à ma façon, d'établir les bases d'une résistance farouche. Justement, l'autre jour, une dame à la voix charmante et cultivée m'a appelé par mon nom au téléphone, pour m'offrir je ne sais plus quelle pompe à chaleur déguisée en enquête sur l'énergie. Sans même lui laisser finir son boniment, je lui dis :
- Madame, je refuse toute sollicitation directe, par téléphone ou autrement.
- C'est dommage, Monsieur, votre attitude nuit à la création d'emploi. Pour moi, ce que je fais constitue un gagne-pain fort intéressant.
- Je suis désolé de nuire à votre métier, Madame, mais voilà 12 ans que j'ai tout ce qu'il me faut en fait de pompe à chaleur et je suis tanné de me faire déranger trois fois par semaine pour que vous puissiez gagner votre vie. Vous savez, il y a quelques autres métiers que je n'encourage pas non plus : les trafiquants de drogue, les tueurs à gage, les usuriers, les croupiers... et je ne me sens pas coupable du tout.

Je ne sais pas pourquoi, mais elle a raccroché!

Plusieurs des droits humains chèrement acquis par notre société tombent au profit, c'est le cas de le dire, du droit à la consommation et à la libre entreprise. Je crois que l'éducation catholique que j'ai reçue, toute naïve, enracinée dans le respect des autres, la charité et l'entraide, nous a mal préparés à ces assauts du lucre qui ont cours en Amérique du Nord aujourd'hui. Les Américains avec leur attitude de cowboys sont sûrement mieux équipés pour résister à ces attaques sauvages.

Et, tout à coup, je revois ces statistiques des années 1950 où les Québécois étaient considérés les plus grands détenteurs de polices d'assurance vie au monde, et ce, même s'ils étaient citoyens d'une région extrêmement pauvre. Ils avaient accueilli les vendeurs d'assurance en amis, sans se douter que l'intérêt de ces gens n'était pas du tout pour leurs clients ni pour leurs descendants, mais bien pour leurs économies.

Comment procéder pour protéger ma vie privée? Je ne veux quand même pas m'isoler au point de ne plus avoir l'occasion de communiquer avec mes concitoyens et de participer à la vie sociale. Il y a des causes justes qui n'utilisent que la sollicitation pour subvenir à leurs besoins. Les fondations pour toutes les maladies possibles, les campagnes de charité pour toutes les pauvretés, les loisirs pour les jeunes, les enfants défavorisés, les scouts, etc.

Il y a aussi des commerces fort légitimes qui utilisent ces moyens. Je serais désolé, par exemple, que mon rémouleur ne me fasse plus sa visite annuelle. Moi qui suis si négligent quand il s'agit d'apporter mes sécateurs ou ma tondeuse au village voisin! Je tiens aussi à ce que les responsables de ma paroisse continuent de venir me rappeler à mes devoirs de paroissien quelques fois par année... ils me voient si peu souvent à l'église ! Quelle alternative proposer à tout ce monde pour qu'ils puissent continuer leurs œuvres toutes plus importantes les unes que les autres tout en respectant ma vie privée?

Je vous laisse sur cette question. J'ai bien déjà des embryons de réponse, mais je me donne cette semaine pour y réfléchir et, qui sait, peut-être recueillir vos hypothèses de solution.

Soyez vigilants, il y va de votre vie privée!

Pierre Imbeau (^I^)

 

Grain de sel de Marinette Van Montagu

Tous les goûts sont dans la nature

Cher Monsieur,

Vous n'aimez pas les téléphones de marketing? Moi, ce sont les publicités dans ma boîte aux lettres que je n’aime pas.

Il faut vous dire que je ne parle pas des « publi-sacs «. J'habite un immeuble de « condos » et, dans l'entrée, il y a un distributeur de publicités où elles sont classées. C'est parfait. Ceux qui en veulent font leur choix.

Ce que je déteste, c'est qu'en plus le facteur vient me distribuer d'autres tracts publicitaires dans ma boîte aux lettres. Que voulez-vous que cela me fasse que tel restaurant fasse de la livraison ou qu'un tel fasse des rabais sur telle marchandise!

J'ai de fausses joies en passant la main dans ma boîte, tout heureuse d'avoir du courrier, puis toute déçue de son contenu...

Le téléphone me dérange moins, car j'adore communiquer et parfois un coup de téléphone, le soir, lorsque je me sens seule, me fait du bien. J'entame la conversation avec la personne en question et cela finit souvent avec des éclats de rire de part et d'autre et tout le monde est heureux. La personne a fait son travail et reçoit un salaire mérité et, pour moi, la solitude a été mise au rancart pendant quelques instants.

Comme vous pouvez le constater, tous les goûts sont dans la nature. Ce qui dérange les uns ne dérange pas nécessairement les autres :-)))

Continuez votre chronique, je la trouve toujours intéressante.

Marinette Van Montagu

 

Grain de sel de Manuela Campos

J'ai toujours été une bonne « poire » pour les sollicitations de tout genre au téléphone. Je fais ma fine, gentille, et donne sa chance au coureur. Je ne voyais pas de malice au fait qu'un jeune fasse « sa job » au téléphone.

Mais je ne sais pas si c'est la « vieillesse », la prudence ou le fait d'en parler à droite et à gauche que la poire commence à devenir prune car je suis réactionnaire de plus en plus à cette pollution téléphonique.

Il y a un mois à peine je reçois un appel. La jeune fille s'identifie de « télé-marketing-Québec ». De ces trois mots je ne retiens que Québec. Tiens, cela doit être une enquête importante concernant l'asthme… vous me voyez venir? De fil en aiguille, maladie sournoise, mal de notre société, etc. toutes sortes de questions plus ou moins directes me sont posées.

Le soi-disant sondage s'est changé par la magie de la persuasion dans une brochette de questions, les unes plus indiscrètes que les autres. Combien de personnes habitent mon foyer, ma catégorie d'âge, la tranche de mes revenus, ma situation dans le quartier, mon emploi... Moi, fine mouche, j'esquivais ces réponses avec humour, mais à un moment donné la lumière s'est faite :
- Voyons ! travaillez-vous pour la police?
- Non, non…

Bien sûr, la jeune a pris ça pour une drôle de réplique... mais comme je sentais que l'enquête sur l'asthme se changeait dans une merveilleuse vente d'aspirateur, j'ai vite raccroché.
Trois semaines plus tard, la même jeune fille, heureuse de me parler comme si nous nous étions quittées la veille après un bon repas partagé : « Ma petite madame (*&?%$/*&), nous avons une promotion dans votre secteur : un bon-rabais de 100,00 $ pour l'achat d'un non moins merveilleux aspirateur dont le coût vaut la bagatelle de 1 500 $ (« coudonc », l'aspirateur vient-il accompagné d'un voyage aux îles Hawaii?) ». Je vous dis que, à ce moment-là, j'ai mis les choses au point et que je n'accepte plus de sollicitations ni de sondages téléphoniques.

Juste avant de terminer, je vous fais part d'une autre conversation (celle-là, je ne l'ai pas oubliée) il y a trois ans. Un de mes enfants restait encore à la maison. Il possédait un télé-avertisseur. Une dame appelle de Bell Canada et demande à lui parler. Je lui réponds qu’il n'est pas là. Jamais je ne lui ai mentionné qu'il était mon fils. La dame le prend pour mon mari. Elle a comme tâche de me cuisiner jusqu'à ce que j'accepte toutes les promotions que Bell nous offre de temps à temps : appel en attente, transfert d'appels, afficheur, appel personnalisé, etc. À toutes ses offres je répondais NON, un non ferme mais poli. La dame continue de plus belle en me faisant miroiter tous les « malheurs » que je pouvais subir si je manquais un appel téléphonique lorsque j'étais occupée ailleurs... Le ton montait, je refusais toujours... La dame, de plus en plus fâchée, a fini par me demander à quelle heure mon mari arrivait de travailler! (Tiens, tiens, les hommes seraient-ils plus conciliants face à une belle voix féminine?) Ah! Pas besoin de vous dire que je lui ai répondu de telle façon que la chère madame n'a plus jamais téléphoné chez moi.

Alors ce sont des expériences, pas traumatisantes, mais qui m'apprennent maintenant à ouvrir l’œil et l'oreille lorsqu'une voix inconnue, au téléphone, demande à parler à la « dame du foyer »! ;))

Manuela Campos  

Le télémarketing

J’écris en réaction à la chronique sur le télémarketing. Je travaille dans le domaine du service à la clientèle en assurances de dommages. Le public veut régler ces problèmes par téléphone et tout de suite.

La sollicitation est un outil que j'utilise de façon très ciblée, certains groupes d'âge y étant moins réfractaires que d'autres.

Comment faire autrement si nous voulons rejoindre plusieurs dizaines de personnes au lieu de seulement une ou deux si on le faisait en personne?

La vente d'assurances générales se fait presque uniquement par téléphone, soit que le client nous ait appelé (c'est le cas de l'immense majorité) ou que je l'aie personnellement sollicité.

Si vous êtes fréquemment sollicité, c'est que les compagnies jugent que vous représentez une clientèle potentielle de choix.

André Robichaud  

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