LA GUIGNOLÉE

Cette semaine, j'ai enfin fini par protéger mes arbustes pour l'hiver. Ma paresse passe pour de la sagesse aux yeux de mes voisins dont les arbres sont inutilement prisonniers depuis plus d'un mois de temps doux! Hier, j'ai complété la décoration extérieure de la maison pour les Fêtes. Mamie Bethe trouve toujours que je traîne trop et que les autres maisons de la rue sont chanceuses de célébrer bien avant nous. Mais, comme à chaque année, je répète que nous, nous avons moins de risque d'être blasés le 25 décembre... comme l'illustrait si bien Stéphane Laporte, dans sa chronique de dimanche dernier dans La Presse!

Ce jeudi matin, j'ai pris le train juste pour participer à la guignolée des employés de Radio-Canada. C'est curieux comme un contexte peut parfois changer subitement. Normalement, les gens attendent le train de banlieue, chacun pour soi, en ruminant ce que la journée leur réserve. Sur le quai, ce matin, un monsieur d'un certain âge, avec une ridicule tuque rouge et blanc sur la tête, jouait des airs traditionnels du temps des Fêtes sur un violon... très approximatif.

La moitié des gens avaient en main un sac d'épicerie, preuve que, comme à chaque année, ils étaient prêts pour la guignolée de Radio-Canada. Quel que soit leur âge, tous souriaient : les étudiants, cartable ouvert, révisant une dernière fois pour les examens de fin de session de la journée, les employés de bureau sirotant frileusement un café qui leur réchauffait aussi les mains, des personnes plus âgées qui, comme moi, allaient en ville pour le plaisir ou pour un petit coup de magasinage. Tous avaient le sourire aux lèvres, et parfois, une petite larme nostalgique au coin de l'œil, à cause du souvenir que le violon évoquait.

Une fois dans le train, au milieu du wagon, une dizaine de bambins, tuque rouge et blanc bien calée jusqu'aux oreilles, faisaient, avec leur institutrice, une chorale buissonnière. Des chants de Noël chantés à pleins poumons, plus avec cœur qu'avec oreille, nous ont accompagnés, lançant un air nouveau après chaque arrêt pour les nouveaux passagers. La jolie voix de la « maîtresse » se réservait les couplets plus compliqués et, encore là, de parfaits étrangers s'échangeaient à qui mieux mieux des sourires chaleureux, tout en faisant sonner généreusement la tirelire qui leur était tendue.

À l'arrivée, gare Jean-Talon, comme à la dizaine de sites tout autour de la ville, les employés et artistes de Radio-Canada recevaient les dons et les empilaient dans les camions de Jeunesse au Soleil qui en fera des paniers de Noël pour les familles dans le besoin : des paniers pleins de nourriture et d'amour...

Je suis revenu par le train de midi, un train qui avait déjà repris l'allure « drabe » de tous les trains de banlieue du monde...

Vienne la neige, maintenant, pour compléter les préparatifs du temps de Fêtes!

Pierre Imbeau (^I^)

 

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