LE GRAND MÉNAGE

Une véritable semaine d'automne se termine. Une semaine qui correspond tout à fait aux préjugés de ceux qui n'aiment pas cette saison. Pour ma part, dans le cadre de ma préhibernation, j'ai décidé de faire le ménage de mon cabanon, même s'il pleut un peu. Pourquoi en ce temps-ci? Mais, par pure nécessité! Comment ferais-je pour sortir la toile de l'abri d'auto, pour ranger les bicyclettes et pour sortir les pelles et les « grattes » si je ne puis pas franchir le seuil du local sans m'enfarger (m'accrocher) dans le baril de chlore, la pataugeuse des petits, la bicyclette de Samuel, le coin-coin de Victor et les innombrables ballons?

Pour me forcer à agir, j'ai convoqué la Fondation québécoise pour les maladies mentales qui m'envoie, demain, un camion et deux hommes, pour ramasser les objets devenus inutiles pour moi et qui, je présume, pourraient encore servir à quelqu'un! Cet organisme est indispensable, que dis-je, il est devenu incontournable dans mon calendrier. Depuis des années, c'est son téléphone qui me dit, à chaque saison, qu'il est temps de ramasser les vêtements d'été pour sortir ceux d'hiver... et de jeter dans « son » sac vert ceux qui débordent de nos garde-robes.

La dernière fois qu'ils sont venus, l'été dernier, ils ont oublié sur la poignée de ma porte une espèce de carton publicitaire qui disait qu'ils ramassaient également la vieille vaisselle, les vieux meubles, etc. Quelle joie de trouver cette solution à l'« embourbement » chronique de tous les racoins (recoins) de la maison, du cabanon et du patio! En effet, depuis quelques années, j'ai passé l'âge d'aller m'amuser toute une fin de semaine au marché aux puces avec mes cochonneries, même si je recevais quelques dollars pour ma peine.

Cela veut dire que, depuis au moins dix ans, la vieille vaisselle gardée pour « quand les enfants s'installeraient », les vieux postes de radio, les vieux séchoirs à cheveux « qu'on devrait pouvoir réparer », les vieux lecteurs de cassettes brisés ou non, mais poussés à la retraite par l'évolution des technologies, se retrouvent un peu partout sous l'escalier du sous-sol, dans les armoires de la salle de « fournaise », jusque dans mon « bureau », polluant par leur seule présence les beaux cartons ordonnés de mes dossiers.

Un autre catégorie d'objets obsolètes va disparaître demain, mais avec un pincement particulier : celle de la deuxième génération des meubles pour bébés... le lit de bébé, la poussette, le « carré » achetés aux « puces » à la naissance de Samuel, il y a maintenant six ans. Le plus jeune de nos petits-fils, Victor, dort déjà dans un grand lit, et il semble bien qu'il sera le dernier de sa génération. Par sentimentalité, nous gardons la chaise haute qui a élevé toute la famille, elle est démontable et, qui sait, Samuel amènera peut-être ses petits voir leurs arrière-grands-parents...

Je vous laisse donc, car il me faut aller sortir la vieille pelle électrique qui n'a jamais vraiment fonctionné, mais comme Mamie Bethe me l'avait donnée en cadeau, j'avais dû l'endurer jusqu'à ce que je réussisse à en « brûler » le moteur et à l'oublier derrière les chaudières de plastique sous l'escalier extérieur de la cuisine. Je vais lui joindre les cinq bases de lit en acier qui se sont accumulées depuis 35 ans de vie commune « au cas où quelqu'un en aurait besoin ».

Pierre Imbeau (^I^)

 

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