LE « CHAT SUR LE PERRON »

Victime du harcèlement de mon ami Gabriel Jean-Simon et à bout de résistance, je me suis inscrit, il y a quelques semaines, à un atelier spécialisé des Internautes Poivre & Sel : Explorer les « chat lines ». Au départ, je vous dis que le Grand-Pops en avait plein les yeux, c’est-à-dire les oreilles virtuelles, ou encore l’écran. L’exercice m’a fait revivre des moments inoubliables.

Rappelez-vous le perron de l’église, par un beau dimanche ensoleillé, le matin après la grand-messe. Tout le monde veut saluer tout le monde qu’il n’a pas vu depuis au moins une semaine. Tout le monde parle en même temps, car il ne veut pas manquer l’occasion hebdomadaire de prendre des nouvelles de tous les autres. Les petits « couraillent » dans les jambes des grands, se tirent, qui les oreilles, qui les tresses... beaucoup d’action et de communication. Les moins petits se font des « agaceries ». Je me souviens, à 11 ans, j’avais tiré une « boule » de neige à Colette, la fille du barbier, qui était bien belle... Quelqu’un avait « bavassé » et le lendemain, j’avais pris la seule « strapp » de ma vie d’écolier. Maudit Boulay, les mains m’en chauffent encore.

À travers ce brouhaha, ceux qui ont à faire à quelqu’un en particulier se retirent à l’écart : Dans une embrasure, le docteur parle au maire « dans le tuyau de l’oreille », le laitier parle avec quelqu’un des rangs en arrière, la présidente des dames de Ste-Anne discute avec l’organiste, et patati et patata.

Je vous jure, j’ai revécu plusieurs de ces moments depuis que je me suis mis au « CHAT ».

Les premières fois, on est petit, on essaie quelques mots timides, mais on écoute les « grands ». Puis on prend de la hardiesse, on interpelle la belle @manou même si on peut se faire donner une claque (slap) ou pire, se faire botter le derrière (kick). En écoutant, on apprend les bonnes manières, on se socialise. Bientôt, on peut échanger des clins d’oeil, des allusions, des photos, des « bisous » avec @La_gritte et même de la musique avec @M_Bits qui connaît le CHAT depuis longtemps.

Déjà le perron d’église de Grand-Pops comprend une trentaine de pseudonymes qui viennent de bien plus loin que la paroisse voisine. Des petits qui commencent à communiquer et des grands qui ne demandent qu’à aider puisqu’un jour, ils auront inévitablement besoin de l’oreille virtuelle attentive de l’un d’entre nous... Bref, une bande de maniaques de la communication bavarde, tous plus chaleureux, plus passionnés, plus serviables les uns que les autres.

L’installation en bavardage est assez compliquée sur le plan technique, mais combien enrichissante en contacts humains spontanés !

On réalise qu’on est des pionniers. Déjà, les bavardages sont simplifiés par certains fournisseurs qui utilisent Netscape comme support de « chat » et permettent de participer sans autre logiciel que le navigateur habituel. Mais pour le moment, l’action, c’est sur IRC qu’on la trouve.

J’espère que cette possibilité de se créer un lieu de bavardage anodin et superficiel va continuer. Jusqu’ici, rien n’avait remplacé le magasin général, le bureau de poste ou le fameux perron de l’église... et ça manquait socialement.

Pierre Imbeau (^I^)

 
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