LE CAILLOU GRIS

Il y a déjà plusieurs années, je me promenais sur une plage de la Gaspésie avec mes trois enfants : Georges et Richard âgés respectivement de onze et dix ans, et Maryse, quatre ans.

Nous tentions silencieusement d'approcher des alouettes, quand Maryse s'écrie : « Regarde papa la belle roche ! » Dans sa main, un caillou gris terriblement ordinaire. Comme il y en a des milliers sur cette plage et, sûrement, des milliards dans le monde.

Ses deux frères en riant, se mettent à la taquiner sur son bon goût. Moi, je pense qu’elle ne veut qu’attirer l’attention. Nous retournons à notre affût.

Maryse, très déçue serre sa « belle » roche dans ses mains et reste à l’écart. Après quelque temps, son grand frère Georges, pour la consoler, lui demande : « Pourquoi la trouves-tu belle ta roche ? »

D’abord surprise de cet intérêt, elle hésite, mais rapidement, elle nous décrit l’objet de son admiration : de la petite ligne blanche qui-ressemble-à-un-cheveu-frisé, jusqu’à la forme de tête-de-souris-qui-fait-une-grimace. Dans un caillou ordinaire, son imagination avait sculpté un chef-d’oeuvre.

J’ai retrouvé son caillou au grenier l’autre jour en faisant du ménage. Je n’ose pas le jeter. Qui sait si le fils de Maryse ne le découvrira pas à son tour au cours d’une visite chez Grand-Pops ?

Dans le réseau Internet, il y a des millions d’éléments d’information, tous cailloux gris sans trop de relief, jusqu’à ce que notre attention soit attirée par l’un d’eux. Internet c’est un immense grenier, encore mieux, une immense vente de garage où les gens exposent ce qu’ils pensent pouvoir être utile ou intéressant pour leurs semblables. Comme dans n’importe quel marché aux puces, on y trouve de tout. Pour des centaines de « quétaineries » on peut parfois trouver une perle rare. À travers des centaines de pages « commerciales » ou carrément exhibitionnistes, on peut trouver un article intéressant. Il faut du jugement, de la méthode et surtout de la patience.

Une grande différence avec un kiosque de marché aux puces, c’est que dans Internet, on donne mais on conserve en même temps. Encore mieux, plus on donne plus on s’enrichit... Il me semble avoir déjà entendu cette idée quelque part dans un sermon !

Pierre Imbeau (^I^)

 
aller à l'index du sous-sol ** aller en haut de la page ** aller à l'accueil