QUEL VILLAGE ?

En janvier 1995, l’atelier d’initiation à Internet que j’ai suivi était donné par Pierre Séguin. Pour nous aider à comprendre l’impact de ce réseau, il l’avait comparé à un village global. Même si Pierre vient tout juste d’avoir 50 ans, je ne suis pas sûr que sa notion de village corresponde à la mienne. Qui sait, il est peut-être bien né en ville, son village est peut-être quelque chose de théorique. Il n’a peut-être pas connu le vrai village, celui d’avant le téléphone. Tout le monde sait que depuis l’avènement du téléphone, de la télévision des déplacements rapides, il n’y a plus de village. Il n’y a que des villes : des grandes, des moyennes et des petites ; des cités, des villes de banlieue ou des villes de campagne, mais des villes tout de même.

Selon mes souvenirs, un village c’était surtout des familles qui étaient rassemblées en un lieu précis et qui ne pouvaient compter que sur la parole pour communiquer. Par leur histoire, par leur langue, par leur type d’activité, par leurs contradictions, par leur personnalité, par leur accent, elles donnaient à leur village une couleur bien différente de celle du village voisin. Un village c’était aussi des routes pour échanger : une rue principale, des routes secondaires et des rangs. Un village c’était également des édifices : une église, une école, un magasin général, une gare de chemin de fer, un hôtel, un bureau de poste, une cordonnerie, une forge, un salon de barbier, des maisons, des granges. Un village, enfin, c’était du monde qui, plus ou moins consciemment, souhaitait vivre près du centre et qui, sans vraiment l’admettre, enviait ceux qui se trouvaient à l’ombre du clocher.

Que peut bien vouloir dire mon ami Pierre quand il parle d’Internet comme d’un village global ? Il fait sûrement référence au vrai village d’avant les communications modernes. Le village qu’on évoque avec nostalgie, que l’on y ait vécu ou non. Quel est donc le rapport ?

Comme dans un village, Internet c’est d’abord du monde installé au bord d’une route. Cette route est ouverte à tous ceux qui veulent bien l’emprunter. On peut dire que chaque communauté, chaque groupe qui utilise Internet a sa propre personnalité et tend à communiquer avec des semblables. Certains l’utilisent pour communiquer entre eux, comme une route de campagne qui relie des voisins. D’autres prennent cette route pour visiter l’extérieur, le monde, mais généralement en conservant précieusement leur personnalité de départ, celle de leur « village » d’origine, qu’ils sont fiers de présenter aux autres.

Le réseau Internet permet donc à toutes les communautés de la terre d’échanger entre elles, il leur facilite la communication comme s’il s’agissait d’un village voisin. C’est peut-être ce que veut rendre l’expression « global » : le village global consisterait à faire de toutes les communautés du globe les constituantes d’un immense village à l’échelle de la planète.

Ce n’est pas la route qui fait la couleur, la personnalité d’un village. Ainsi, le réseau Internet ouvre des possibilités, mais c’est aux gens qui l’utilisent de vraiment se faire valoir comme ils l’entendent. Voilà pourquoi, il y a des luttes qui se dessinent dans le ciel d’Internet, comme dans les chicanes de village : la place que doit prendre le français, la censure, la commercialisation, la gratuité, la présence de communautés plus ou moins marginales, etc.

Dans quelques autres Grains de poivre, je vais tenter de continuer à faire le parallèle entre le village et Internet. Ce n’est pas si facile que cela en a l’air. S’il vous vient de bonnes idées à ce sujet, je serais très content que vous me les fassiez connaître par courriels à l’adresse indiquée.

Pierre Imbeau (^I^)

 
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