Le révérend père Joseph Potvin (mon oncle) est le frère d'Émilie (maman), donc beau-frère d'Antoine Imbeau (mon père) arrivé avec le seigneur Dubuc en 1915. Mon oncle Joseph a vécu la majeure partie de sa jeunesse à Chandler; il est un passionné d'histoire et de généalogie.

Quand il a su que je m'intéressais au sujet, il a retracé dans ses documents des notes sur les origines de Chandler que maman lui avait fait parvenir en 1966, alors qu'il était en poste à Rome.

Maman avait colligé ces données à partir de notes que papa lui-même avait rédigées de mémoire et à partir de conversations où elle lui faisait raconter les débuts de Chandler.

 

Merci oncle Joseph de cette contribution originale à la mémoire de Chandler!

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Les origines de Chandler

selon Antoine Imbeau
notes fournies par Émilie Potvin-Imbeau à son frère Joseph

Au début de 1966, de Rome, j’avais prié Émilie de demander à Antoine son mari de me donner quelques renseignements sur les débuts de Chandler, dont il avait été un témoin à partir de 1915, alors qu’il était arrivé de Chicoutimi pour travailler à l’atelier mécanique de l’usine dont Dubuc venait de prendre en main les destinées depuis janvier.

 

Voici la copie du document que m’a envoyé Émilie.

 

Grande Rivière, 26 mai 1966,

[…]  J’ai remarqué qu’il ne mentionne pas le service du culte chez Dakin. […] Il a mis une croix avant Larouche, c’est « Simon » qui lui échappait. […]  Émilie.

 

ORIGINES DE CHANDLER

En 1912, les limites forestières des rivières de l’Ouest et du Nord dans le territoire de Grand Pabos, sont exploitées par la Cie King Brothers, laquelle a érigé une scierie et un village, sur la rive ouest du barachois de Grand Pabos. Le nom est Pabos Mill.

 

Les gros arbres de la forêt qui en rendaient l’exploitation payante se faisaient plus rares et plus éloignés.  La Cie des King Brothers entame des pourparlers avec un groupe d’Américains incorporés sous le nom de « Grand Pabos Lumber » qui deviennent acquéreurs des propriétés des King Brothers.

 

Grand Pabos Lumber décide d’employer une nouvelle technique pour l’exploitation de la forêt, et situe leur développement au fond Est du barachois de Grand Pabos.  Ils y construisent une scierie et un chemin de fer, lequel, partant de la scierie, pénètre dans la forêt et se dirige vers le canton Pellegrin.  Les arbres sont coupés en billots de douze pieds, et sont transportés par train, mû par la vapeur, et déposés à la scierie.

 

La Cie Grand Pabos Lumber découvrit bien vite que ces opérations étaient trop onéreuses, et décida de se tourner exclusivement à la fabrication de la pulpe de sulphite.

 

Le groupe pour l’usine de pulpe fut incorporé (23 janvier 1913) sous le nom de St-Lawrence Pulp and Paper Corporation, avec siège social à Philadelphie.

 

L’usine est située près de la scierie, et tous les travaux de construction furent poussés à vive allure.  Plusieurs centaines d’ouvriers y sont employés.  En même temps, une douzaine de maisons sont mises en construction pour les futures familles, quatre centres de logement sont érigés pour abriter les ouvriers.

 

Le plus considérable est situé en bordure ouest du sentier qui part du chemin du roi et se dirige vers le Plateau.  On le baptise Camp des Italiens.

 

Au Plateau sont construites quelques maisons pour les familles des officiers supérieurs, et l’on y transporte une maison de Pabos Mill qui sert de premier quartier administratif.  Deux logis à appartement sont construits à proximité de l’usine et du magasin de la Cie.  Les officiers qui n'ont pas leur famille y logent.  On la surnomme plus tard « Hôtel Chicoutimi ».

 

La première mention du nom de Chandler fut faite lors de l’application pour un bureau de poste local.  Jusque là, la malle est reçue à Pabos Mill, et l’on demande qu’un bureau de poste soit établi à Chandler du nom du président de St Lawrence Pulp & Paper Corporation.

 

Lorsque la guerre éclate durant l’été 1914, l’usine a ses murs construits, mais l’équipement n’est qu’à demi installé.  La scierie achève de bloquer la cour à bois avec des planches et des madriers qui coûtent trop cher de fabrication pour être vendus, et la St Lawrence Pulp & Paper est acculée à la banqueroute.  C’est à ce moment que la direction fait appel à un financier canadien-français J.E.A.Dubuc, lequel dirige des pulperies des plus florissantes dans la région du Saguenay.

 

Le programme Dubuc est accepté par la St Lawrence à l’automne 1914 et au printemps 1915, une partie de l’usine commence à fonctionner.

 

Dubuc convertit les deux immeubles de logement, l’un en chapelle, école et presbytère, l’autre en hôpital et logement pour les soeurs qui seront chargées de l’hôpital, de l’école.  Le premier curé est M. Fortin.  La première soeur en charge de l’hôpital, soeur Jean-de-Jésus et le premier résident est J.V. Allard.

 

Dubuc demande à l’Évêché de Rimouski pour qu’une paroisse canonique soit érigée, et que des Pères Eudistes en soient les desservants.  Ceci se réalise durant l’été 1916; la paroisse s’appelle St Coeur de Marie et le premier eudiste est le père J.M.Haquin.

 

Le Conseil municipal est formé en 1916 et le premier maire est Gabriel Myles.

 

L’équipe qui a mis l’usine en opération continue était ainsi formée :

Gérant-général, J.E.A.Dubuc

Surintendants de jour, Isidore Ouellet, de nuit, J.E. Blanchard

Mécanique, J. Gagné; assistants, R.  Gousse et A.  Imbeau

Pouvoir, Chaussé, assistant: J. Leblanc

Écorceur, Bilodeau

Cours, Gagnon

Bureau: Smack et Haché (Hashey)

Département forestier, Geo. Tremblay; assistants, X (Simon) Larouche et W.Dallaire

 

L’usine qui fut construite par la St Lawrence Pulp & Paper Corporation passe, en

1918, à la Cie de Pulpe de Chicoutimi;

1923 : Baie Sulphite;

1925 : Baie Sulphite in liquidation;

1927: Bonaventure Paper;

1937: Gaspesia Sulphite;

1963: Gaspesia Paper.

 

Le 19 juillet suivant, (1966), Émilie écrivait:

C’est vrai que Antoine en sait plus qu’il n’en a écrit. Je viens de me faire expliquer que la vieille chapelle, c’était une desserte où venait le curé Côté de Ste-Adélaïde.  Quand M. Dubuc est arrivé, les six ou sept cents hommes de la construction ont été renvoyés, ce qui a libéré les maisons de pension qui sont devenues hôpital, chapelle, résidence.  Le feu ayant pris à la chapelle par la fournaise pendant la réparation (janvier 1916), Dakin a prêté son théâtre.  C’était le curé Fortin ... (Émilie)

 

Voici quelques annotations de l'oncle Joseph en marge de ce texte:

 

Le moulin Rouge

La scierie de la Grand Pabos Lumber était ce qu’on appelait (1917-1920) le Moulin Rouge.  Le 2 juin 1914, le curé de Newport, M. Jos St-Laurent écrivait à Mgr Blais : « Il n’y a encore que le moulin à scie de terminé et il vient justement d’être mis en opération.  J’entendais dire ces jours passés par un voyageur de commerce que les affaires donnaient mal à Chandler, il pourrait bien en résulter une banqueroute colossale avant longtemps. »

Durant le séjour de la famille Potvin au Plateau (mai 1918 à mai 1924), cette scierie a fonctionné de façon intermittente jusqu’en 1920.  Dubuc avait engagé Louis Auger, originaire de Ste-Croix de Lotbinière, précisément la place d’où provenait le surintendant du Bois, Georges Boisvert, pour superviser la marche de la scierie.  Les billots de huit pieds, flottaient dans le bassin de rétention après avoir été « dravés » lors de la crue des rivières le printemps.  La scierie aurait fonctionné deux étés.  Les planches, madriers, lattes, bardeaux qui y étaient sciés étaient transportés à bord de chariots tirés par des chevaux sur les rails d'un tracel, divisé en deux ou trois branches le long desquelles s’empilaient le tout.  Je me rappelle la dextérité de l’ouvrier qui taillait les lattes de bardeaux à la scie à rubans sans se faire couper les doigts.

 

Les maisons du Plateau

Au début, des Irlandais possédaient deux terres sur le plateau.  Leurs maisons étaient celle que nous avons connue habitée par les Osties et celle habitée par Sandy Robertson.  La première a été la résidence de Narcisse Rail, ensuite (en 1918), des Moloney puis des Auger et des Fortier.  La seconde a été occupée par Joseph Dionne (décédé de la grippe espagnole en octobre 1918), le chef de gare Willie Landry, et les Blanchard, déménagés de la maison voisine de celle occupée éventuellement par les Potvin; (la maison était occupée par Sandy Robertson dans les années 30.)

À l'ouest de la maison des Dionne-Blanchard, deux maisons (Paradis en 1918, Carbonneau vers la fin des années 40) et (Oscar Marchand qui avait succédé à Isidore Ouellet comme gérant du magasin Grand Pabos (le théatre...), et éventuellement un dénommé Roberts gérant pendant la crise.

Avant mai 1918, en attendant que sa maison soit prête, Georges Boisvert a habité la maison qui est devenue éventuellement la maison des directeurs (Madame Smith).  Cette maison sera ensuite occupée par Padoue Dubuc après son mariage en 1920.

 

En face, une maison transportée de Pabos Mill pour servir provisoirement de centre administratif.  Une partie de la maison a été habitée par le notaire Bourbeau, la famille J.E.A. Blanchard, la famille Octeau, les Badeaux, les Gendron, l'autre a été occupée par les Potvin à partie de mai 1918. (vers la fin des années 30 par les Galvin et éventuellement par Frank LeGallais, Ross Tittemore...)

Vers l'est, la maison d'Antoine Imbeau vers 1918 (entre les Potvin et les Moloney).

En continuant autour du plateau, après les Moloney, la maison des Elsleiger

(Prononcer « Sleigher »), (de notre temps occupée par les McKinnon avant l'incendie et reconstruction en église.

La prochaine, la maison des Dubocquet (maison des Carbonneau, à côté de l'église protestante)

Ensuite, à partir de la maison d'Antoine Imbeau, après la maison Potvin/Blanchard, la maison des Maher (éventuellement prise par les McKinnon après l'incendie de leur maison).

La maison du coin (Goupil, Brosseau, Alec Glen) était habitée par Louis Goupil.

La maison de Georges Boisvert, faisant face à la maison Goupil et de l'autre côté de la rue (Johnny Wing).

En partant de chez Goupil et en se dirigeant vers le village deux maisons, la première où logeait, entre autres, William Michaud, beau-frère de G. Boisvert, (White) et l'autre (Pendergast), les deux dernières constructions

 

Hôtel Chicoutimi

L’Hôtel Chicoutimi, c’était la bâtisse derrière l’Hôtel Grand Pabos (où logeaient les officiers vivant sans leur famille) où logeaient les bûcherons de passage (qui venaient principalement de la région de Chicoutimi).  Elle était tenue par le couple Cyr, en 1917-1918.  La bâtisse est devenue par la suite, l'école des garçons et, éventuellement, domicile de la famille Rioux.

 

Paroisse

Ce n’est pas Dubuc qui a pris l’initiative de demander l’érection de la paroisse, mais bien les Irlandais francs-tenanciers (qui seuls, avaient le droit de vote) et ceci dès le 9 octobre 1915.  C’est Mgr Blais qui, pour satisfaire cette demande, eut l’idée de prier ses amis de longue date, qui depuis 1903 travaillaient comme prédicateurs dans Rimouski et enseignants dans son séminaire, de prendre en charge cette paroisse à fonder.  Un monsieur Thomas Fortin fut le premier desservant résident (un curé provisoire).  Le père Joseph Haquin est arrivé pour relever monsieur Fortin le 15 novembre 1916 et ne devint curé que le 25 mars suivant, après l’érection officielle de la paroisse du Coeur-Très-Pur-de-Marie en 1917.


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